Comme d'habitude (Michel Bosseaux)

Ce matin, Henry s'est levé comme d'habitude, pour aller travailler. Ce n'est pas un travail très bien payé, il n'y met donc pas plus de motivation que cela, et ses pas sont comme d'habitude traînant jusqu'à la salle de bain. Mais en Angleterre aujourd'hui, l'essentiel est d'avoir un travail.
Comme d'habitude, il en prend un peu trop à son aise pour se laver, et sa femme finit par tambouriner à la porte. Alors il achève de se raser en maugréant, et sort.
 
Breakfast en lisant son journal, le chien qui mendie quelques miettes, le chat qui vient gentiment lui tirer la queue. Tout est comme d'habitude. Jusqu'à sa femme qui court, court, aussi stressée que tous les matins. Elle vient de trouver un nouvel emploi, facilement, mais la difficulté c'est de le garder. Tout est tellement précaire. Elle a fait 6 places en autant de mois. Finalement il n'a pas à se plaindre, lui : depuis un an, il a le même patron.
 
Il part travailler, à pied. La voiture, c'est impensable à Londres, donc il va à pied, avec sa femme. La station de métro n'est pas loin. Il a emporté un petit livre de poche, pour passer le temps dans les transports. Il en a environ pour une heure en comptant l'attente, et il pourra lire environ trente-cinq minutes dans cet intervalle. Comme d'habitude. Sa femme ne prend pas la même ligne que lui.
 
Mais ce matin il n'attendra pas trop, la rame arrive juste comme il achève de descendre l'escalier du quai. Il monte, se cale contre la porte de l'autre coté, celle qui ne s'ouvre pas, et ouvre son livre.
 
Quelques pages et puis descendre, changer de quai, attendre l'autre rame. Qui traîne, comme d'habitude. Cette ligne est mal desservie en proportion du nombre de passagers. Ca lui permet de lire encore deux pages. Il a presque fini son livre, il va enfin savoir qui était le meurtrier de Pamela, l'hôtesse de l'air.
 
Le métro arrive finalement, il monte, se cale comme il peut, et continue sa lecture, avide.
 
Complètement pris par ses habitudes, indifférent à ce qui se passe autour de lui, Henry n'a même pas vu cet homme monter à la dernière station, avec son sac. Pourtant ce sac, il l'a quasiment à ses pieds maintenant, tandis que l'homme l'observe en marmonnant tout bas. Mais il ne remarque rien.
 
Sauf quand le passager juste en face est projeté contre lui au moment d'un choc. Il peste intérieurement, et s'apprête à le repousser, quand soudain...
 
... soudain un grand éclair, une vague de chaleur, le bruit, puis le métro est plongé dans le noir, et les cris commencent.
 
 
Lui, il ne remarque rien du tout. Il ne remarque même plus son livre, complètement détruit par le souffle de l'explosion. Pas plus que l'état de son corps. Il aurait du être tué sur le coup, mais cet homme effondré sur lui l'a en partie protégé. N'empêche, cela ne le sauvera pas longtemps. Il n'entend plus rien, ne voit pas bien. Il ne sait pas du tout ce qui s'est passé.
Il sait juste qu'il a atrocement mal, que la chaleur semble monter de plus en plus et... oui c'est le feu...
 
Henry ne saura jamais le nom de l'assassin de Pamela. Pas plus qu'il ne saura ce qui l'a tué, lui, ce matin où il se rendait à son travail, comme d'habitude. Ses fragiles habitudes détruites en un souffle.
 
Celui d'une bombe.
 
 




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