Le tournesol, les trois arbres, et le papillon (fable) (Didier Betmalle)

Le prof a dit :
— Le tournesol est jaune
parce qu'il absorbe toutes les ondes lumineuses
sauf celles qui correspondent au jaune,
qu'il réfléchit, voyez-vous.
 
Alors lui, il s'est dit
C'est simple
les choses ont la couleur de ce qu'elles ne mangent pas.
 
Le prof a dit :
— Les arbres sont verts parce qu'ils sont pleins de chlorophylle
ce qui leur permet de se nourrir de la lumière du soleil.
 
Alors lui, il s'est dit
Ce n'est donc pas si simple
il ne suffit pas d'absorber des couleurs pour en avoir une,
dans certain cas, il faut aussi avoir du chewing-gum.
 
Le prof a dit :
— Le papillon boit le nectar des fleurs.
 
Et puis c'est tout, il n'a plus rien dit.
Le prof n'a rien dit de plus sur les couleurs.
Alors lui, il ne pouvait tirer aucune conclusion logique
de tout cela sur les couleurs des choses,
surtout sur celle des papillons.
 
Trois choses pourtant étaient sûres :
le papillon buvait
les arbres mangeaient le soleil
et les soleils pensaient le jaune.
Et c'est vrai, quand on y songe,
que le vol des papillons trahit leur état d'ébriété permanent.
 
 
Sur ces bases, voici comment il a tourné
une petite fable qui doit tout au grand sourcier
de l’enfance :
 
Un tournesol de bonne souche et de gros appétit
dominait de sa couronne d'or une douce prairie
où s'était établie une famille de tilleuls vert tendre.
Serrés tous les trois à la façon d'un bouquet,
se nourrissant d'amour et de lumière solaire,
peu soucieux du lendemain et limitant au bruit de feuilles
leur labeur quotidien, ils coulaient paisiblement leurs jours.
Leur voisin croissait et grandissait pendant ce temps
et escaladait le ciel pour prendre la place du soleil.
Sans y parvenir tout à fait, il cacha l'astre si bien
que nos trois arbres se sentirent proches de tomber
dans une nuit aussi profonde que la nuit éternelle.
Ils alertèrent le géant et le prièrent de partager le ciel.
Mais la plante en croissant s'était faite tyran
et voulait tout garder pour elle seule exclusivement.
Le sieur Tournesol gronda de toutes ses graines
qu'il était maître chez lui, qu'il se fichait de leur détresse,
et que leur colère ne l'inquiétait pas plus qu'un pet de papillon.
Le hasard fait bien les choses et les arrogants ont le défaut
de ne pas croire à ce dieu et à ses subtils arrangements.
Notre ami le Corsaire qui papillonnait dans le coin
entendit la formule et le mépris qui le visait aussi.
Quittant les lavandes où il se gobergeait
il traversa en zigzaguant la nuit où végétaient les tilleuls
et leur déclara "Hips… la meilleure défense c'est l'attaque!"
Là-dessus, il pompa tout le nectar de leurs fleurs lénifiantes
et, chargé comme une bombe, il s'élança sus au Goliath.
Arrivé à la bonne altitude, montrant son cul à la face florissante,
il envoya la tisane dans un vent si puissant qu'au sol aussitôt
le tournesol chut, fané d'un coup, endormi pour toujours.
 




Google

Imaginair V2 - Copyright © 2005 Bosseaux Michel





présent sur bonWeb.com    Classement de sites - Inscrivez le vôtre!      www.preferencement.com


Ce site est inscrit aux anneaux web suivants

Anneau francophone des ateliers d'écriture
[ Join Now | Ring Hub | Random | << Prev | Next >> ]
 

La Chaîne Littéraire
La Chaîne Littéraire
[ Join Now | Ring Hub | Random | << Prev | Next >> ]


© 2001-2004 WebRing Inc. - Help - Browse WebRing
 
 
Cercle Littéraire
Le Cercle Littéraire
[ Joindre | Liste des sites | Site au hasard | << Précédent | Suivant >> ]