Retards (Michel Bosseaux)

Ton train était à nouveau retardé.
 
Je ne dirais pas que la première annonce avait été accueillie avec indifférence dans la gare. Plutôt avec résignation. Depuis quelques mois, de plus en plus de trains étaient ainsi retardés. Les temps étaient durs, les contrôles se multipliaient. On ne pouvait pas vraiment en blâmer le gouvernement.
Certains affirment pourtant que ce n’est pas bon signe, que nos libertés seraient menacées. Mais outre que s’ils disent vrai, ce n’est pas très prudent d’en parler trop ouvertement, de peur que les régulateurs – c’est ainsi qu’on appelle la police d’état, désormais - entendent et… procèdent, je ne suis pas suffisamment intéressé par la politique pour avoir envie d’y penser.
 
A la première annonce, j’avais commandé un café et un journal dans la zone « attente » de la gare. Depuis que seuls les passagers avaient accès aux voies, et les familles / amis relégués avant les points de contrôle, comme dans les aéroports, les gares étaient devenues incontestablement plus confortable, les gens bien au chaud dans une grande salle avec autant de sièges que nécessaires, des buvettes et snacks automatisés, un système d’achat de journaux électroniques ou de location de musique, à lire sur nos consultateurs personnels… une attente tout confort, peut-être comme le disaient certains pour nous faire oublier la réalité actuelle des transports. Et il faut reconnaître que ça marchait plutôt bien. Sauf quand une deuxième annonce de retard tombait.
 
Toutes les personnes en attente devant s’enregistrer par numéros de trains à l’entrée de la gare, les régulateurs surent immédiatement qui venir chercher. Ils nous escortèrent vers la « zone spéciale » immédiatement ouverte pour ton train. La tension était palpable cette fois, et mon cœur suivait l’accélération du rythme. Mais surtout ne pas s’énerver, crier, faire quoi que ce soit d’aussi stupide, non. Pas envie d’être amené ailleurs, comme ça arrive si souvent…
 
Nous avons attendu pendant plusieurs heures, sans nouvelles. La durée ne voulait rien dire, on avait parfois vu des trains retardés de plusieurs jours. C’est pour ça qu’il y avait des couchettes, en zone « spéciale ». Et tout le confort aussi.
 
J’espérais encore que ton train arrive. Et que tu sois toujours dedans. Ce ne serait bien sûr pas le cas pour tous les passagers. Pas après deux annonces.
 
Pendant ce temps, les régulateurs procédaient à des interrogatoires « de routine ». Ce n’est que quand j’ai remarqué que certains d’entre nous ne revenaient pas que j’ai compris.
 
L’annonce est tombée finalement. Train annulé.
 
 
Longtemps après, les régulateurs ont laissé repartir ceux de nous qui restaient. Je suis rentré, écrasé de douleur, n’ayant pas tout de suite conscience d’être suivi. Il m’a fallu plusieurs jours pour décoder les signes. De vrais pros. Qui se cachent de moins en moins au fil du temps.
 
Je ne sais pas ce qui va m’arriver maintenant. À vrai dire, je m’en moque. Tout ce que j’aimerais, c’est que ça vienne vite.
 
Et pour ce que j’en vois, je ne vais pas être déçu…
 




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