La piscine (Michel Bosseaux)

Sensation aqueuse, doux glissements sur la peau. Entre mouvements et abandon à l'élément liquide, me revoilà dans cette piscine, comme mes souvenirs en épousent la forme à nouveau. Et je nage. Mes pensées sinuent, l'inquiétude n'est pas loin, mais ce n'est que du passé, tout va bien...
 
Du moins jusque-là.
 
Car à bien y réfléchir, quelque chose ne « colle » pas... comme une attente, une anticipation. L'histoire n'est plus à écrire, et pourtant je continue à en attendre le dénouement, dans l'espoir que... peut-être..., vivre se respire autrement...
Mais pas envie de trop réfléchir dans ce sens, alors je reviens à « aujourd'hui ».
 
Qui m'apparaît trop sombre tout d'un coup, alors je replonge. Autant renoncer à lutter, et me laisser porter par l'eau...
 
L'envie d'être seul me saisit ; je fuis, là, sous la surface, juste pour un peu de paix ; à 10 ans, je ne suis pas l'enfant heureux que j'aurais pu. Il ne m'en reste que des impressions fugaces, les causes nagent plus vite que moi...
 
Je me fraye un chemin entre les jambes trop nombreuses, entre mes pensées qui me serrent, et au prix de bien des mouvements, je trouve l'Endroit, rien que moi et l'eau... je suis bien.
 
Mais ça ne dure pas.
 
Entre idées noires et manque d'air, d'un côté ou de l'autre de la ligne du temps, tout conspire à me ramener à la réalité. Nul salut dans la fuite, il me faut affronter ; je dois remonter.
 
Si seulement je pouvais...
 
Trop de choses m'écrasent, et trop de gens au dessus de moi dans cette piscine, à la surface... aucune place pour émerger. Je me revois lutter, comme je lutte encore, doublement acteur, doublement spectateur. Je me cogne et lutte, en manque d'espoir, de vie qui fuit bulle à bulle, seconde par seconde, jusqu'au point de rupture...
 
Je me m'acharne plus et me regarde mourir à 10 ans, détaché depuis longtemps de cette noyade-là, et si j'étouffe au présent, j'aimerais prétendre que c'est pour autre chose que cet épisode mal classé, pour autre chose qu'un parallèle stupide... Je suis en dessous, et il n'y a là-haut aucune place pour moi.
 
Ma tête hurle, je choisis de ne pas entendre. Je suis au fond de l'eau. Tout est plus doux quand on ne cherche plus à gouverner l'inéluctable. Tout aurait pu finir ainsi.
Et à bien y réfléchir, une part de moi est vraiment morte ce jour-là... morte de vivre encore, de vivre ainsi...
 
 
Quand l'homme a plongé, je ne l'ai pas vu. Quand il m'a tiré vers la surface, je ne l'ai presque pas senti, comme un rêve, trop lointain. Je ne me souviens vraiment que du bord, des gens autour de moi qui me regardent... de ma soeur qui était responsable du groupe d'enfants ce jour-là, et qui n'avait rien vu... de son regard.
 
 
Et puis comme je reviens vers le présent, les mêmes sensations m'étreignent... tous les efforts du monde ne serviraient-ils donc à rien par eux-mêmes ? Ne vaudraient-ils rien ni pour les autres ni pour soi ? La différence ne conduit-elle donc qu'à la noyade ? La vie, alors, n'aurait de sens que par cette main qui n'attend pas qu'on la prenne, qui veut prendre aussi ; et tout le reste ne serait qu'impasse.
 
Je pense à ça, et j'étouffe encore. Aujourd'hui je sais qu'à chaque minute, je continue à attendre — 20 ans après — l'autre qui plongera, juste pour respirer à nouveau.
 
Pour enfin être.
 




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